On l’aura compris, chez Williams et Dominique, l’oeuvre réduite à l’armature, à un détail, à l’extrème de la suggestion, jamais cette oeuvre ne sera sèche ou artificielle. Jamais elle ne sera désincarnée. Le dépouillement l’aura menée, par l’alchimie d’un regard, humain, tellement humain, à l’extrême d’une présence sensible. Impalpable, flottante, l’image échappe au filtre, à l’armature, aux conditionnements de la perception, de la pensée architecturée. Et elle nous touche. Là est le miracle. L’abstraction peut être douce, rêveuse, sensuelle même. Pourtant la magie n’a pas de secret : pas une photo qui n’ait été portée par une émotion. Une émotion d’autant plus pure qu’elle sera fixée, concentrée, densifiée sur un point, une ligne, un détail.
Derrière les regards fascinés par la fantaisie originelle et la beauté dépouillée, même tragique, il y a la tentation de comprendre la relation secrète que l’Homme entretient avec le monde.
Madeleine et Gilbert Caty

A Rouen, Williams et Dominique Cordier forment un couple emblématique. Tout au long de leur vie commune, ils ont su donner à leur ville ce regard chaleureux, sachant mettre en valeur tout ce qui touche à l’art. Pas seulement en tant que photographes, mais aussi par le truchement d’expositions acceuillant le travail des autres. Leur générosité, leur ouverture d’esprit et leur culture sont appréciées et un grand nombe de nos artistes leur doivent une fière chandelle pour avoir, les premiers, accueilli leur démarche.
Luis Porquet
Le signe, ils le cherchent pendant plusieurs années dans une mèche de cheveux posée sur la peau d’un modèle, dans les plis d’un bras, l’ombre de la pointe d’un sein, le bruissement de l’eau sur les marches d’un palais à Venise, les craquelures d’une pierre, la trace d’une algue sur le sable.
Ce signe ils le cherchent aussi en préméditant sa construction spaciale comme lorsqu’ils coupent, déchirent, froissent de grands papiers dont ils photographient les détails, comme lorsqu’ils peignent la peau noire d’un Africain, ou déforment les corps dans un miroir curviligne avant d’en capter la dramaturgie.
Ce travail d’épuration de l’image n’est jamais un jeu d’esprit, c’est une longue recherche du corps.
Gérard Gosselin
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