Merci pour les vitamines - UNION DES ARTS PLASTIQUES de Saint Etienne du Rouvray
UNION DES ARTS PLASTIQUES de Saint Etienne du Rouvray
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Merci pour les vitamines

par Roger Balavoine

dimanche 2 mars 2003

Merci pour les vitamines...

C’est Ă©vident : si l’UAP n’existait pas, il faudrait l’ inventer. Sans l’ Union des Arts
Plastiques de Saint Etienne du Rouvray l’ art d’ aujourd’ hui serait encore plus Ă©tranger ( Ă©trange, mĂ©connu, mĂ©sestimĂ© ) dans toute l’ agglomĂ©ration rouennaise.

Cette union d’ artistes en tous genres - hormis le banal, l’ habitude et les « post -
n’ importe quoi » a fondĂ© un dĂ©sir de voir qui, depuis 40 ans ( dĂ©jĂ  ? ) a donnĂ© de la vie Ă  la vie.

Car l’air, chez nous, a tendance Ă  rester conservateur : la peinture stagne, elle glisse volontiers vers la rĂ©pĂ©tition, elle donne l’ impression de suivre des voies moyennes toutes tracĂ©es ; elle passe son temps Ă  assombrir les Ă©claircies attendues. Elle se terre dans le monde du commerce du « placement ». Longtemps, la majoritĂ© des acheteurs a favorisĂ© le « joli » , l’ esthĂ©tiquement correct.

Des galeries bien en cours ( financier ) cultivent le confort de l’ oeil : surtout ne pas dĂ©ranger l’ ordre des amateurs de peinture dĂ©corative... Et l’ UAP a sonnĂ© l’heure du grand dĂ©rangement : elle a jouĂ© le rĂ´le - essentiel du meneur, elle a incitĂ© des
« aventuriers » : Ă  se lancer dans des opĂ©rations Ă  cĹ“ur ouvert : faire Ă©merger l’ Ĺ“il, changer le point de vue. A ses cĂ´tĂ©s, des galiĂ©ristes courageux ont ouvert des lieux diffĂ©rents pour montrer que l’ art d’ aujourd’hui avait sa part dans le mouvement des idĂ©es ( neuves ) . Galeries trop souvent Ă©phĂ©mères, elles ont tracĂ© - et les survivantes tracent encore - le sillon de la diffĂ©rence - qui vitamine les regards atones.

Les expositions de l’ UAP StĂ©phanaise poursuivaient ( et poursuivent encore ) deux buts ( au moins... ) : offrir des cimaises aux artistes de la rĂ©gion qui ne trouvaient pas de murs ailleurs et donner Ă  voir l’ Ĺ“uvre d’ un artiste de renommĂ©e. On a pu voir ainsi Picasso, Matta, Grau-Garriga, Tapiès, Krasno - et les autres... Tant d’ autres.

Cela se passait dans la salle des fĂŞtes de l’ HĂ´tel de Ville qui devenait - ipso facto- un lieu de fĂŞte, de rĂ©jouissance, de dĂ©couverte. Les « rĂ©gionaux » se frottaient aux mystères de la crĂ©ation chacun dans son style, chacun dans ses doutes, chacun dans ses essais. La confrontation ne vas pas sans souffrances : les expositions de l’ UAP affichent cruement la cĂ´te des essais manquĂ©s et s’illuminent des coups de cĹ“urs vainqueurs ? Leur dĂ©roulement griffe le temps

d’ essoufflements passagers, de traces de fausses pistes mais jamais de faussetĂ©s, jamais de mensonges. L’Ă©quipe, renouvelable au fil des ans, fonce allègrement vers la vĂ©ritĂ© de l’art et c’ est dans cette quĂŞte, aujourd’hui quarantenaire du mieux-dire que l’ UAP a sa raison d’ĂŞtre et qu’elle est notre bouĂ©e dans l’ocĂ©an des mĂ©diocritĂ©s.
L’ UAP traverse le temps, les modes, les styles, les systèmes : ce lieu de libertĂ© et de confrontation - d’Ă©changes... ce lieu de plaisirs Ă©grenĂ©s tout au long d’ une histoire sans fin a fondĂ© une saga qui chemine dans le souvenir des tĂ©moins , ravis, Ă©berluĂ©s, interloquĂ©s, Ă©blouis d’ avoir traversĂ© tant de plaisirs et d’ en conserver les traces vivaces.

L’UAP, c’ est aussi l’aventure de l’ Ă©motion, la confiance offerte Ă  tous ceux qui s’ astiquent l’Ĺ“il avant de regarder.
Aujourd’hui, quarante ans après, l’ardeur continue ; elle nous semble de plus en plus indispensable. Les temps sont brouillĂ©s : il nous faut des phares comme l’ UAP.

Merci pour tout - et bon vent...

Octobre 2003

Roger Balavoine.